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Femme travestie en homme et morte il y a 75 ans, Madeleine Pelletier était la première interne en psychiatrie.

FÉMINISME - "Un chapeau melon, un costume d'homme et une canne, qui lui donnent un faux air d'Olivier Hardy". Ce n'est pas un homme d'affaires que décrit Hélène Soumet dans son livre Les travesties de l'histoire, mais une femme qui, il y a 75 ans, le 19 décembre 1939*, mourrait dans l'indifférence, internée dans un asile après avoir été accusée de pratiquer des avortements. Cette femme, travestie comme l'indique le titre de ce livre, était pourtant loin d'être méconnue à son époque. Et pour cause, elle était la première femme interne en psychiatrie.

"Si elle n'a pas eu de procès lorsqu'on a découvert qu'elle pratiquait des avortements, c'est parce qu'elle était très connue", explique Hélène Soumet, professeur de philosophie et de culture générale, que Le HuffPost a contacté. A l'époque, celle qu'on appelait les "faiseuses d'ange" étaient en effet guillotinées.

Fille d'un père cocher et d'une mère marchande de légumes, Madeleine Pelletier naît le 18 mai 1874 "dans la crasse et les odeurs nauséabondes d'une pauvre échoppe de fruits et légumes des Halles" à Paris. Son enfance est synonyme de calvaire, elle grandit dans une maison dégoûtante avec une mère qui la maltraite. "Elle avait un milieu social abominable, ne faisait pas du tout partie du milieu de la bourgeoisie", nous précise Hélène Soumet. De cette jeunesse, elle en ressortira avec un profond dégoût du corps humain. "L'idée même d'avoir 'été dans le ventre de madame Pierrot (sa mère, ndlr) mêlée aux boyaux et au caca' lui est insupportable", raconte Hélène Soumet reprenant les propos de Madeleine dans son autobiographie La Femme vierge, publiée en 1933.

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[Portraits de Madeleine Pelletier ©Wikimedia Commons]

"Elle prend alors conscience de la situation de la femme, éternelle mineure, étranglée dans son corset, vouée au mariage, véritable esclave sexuelle de l'homme."

Elle quitte l'école à 12 ans. Brillante, elle saura pourtant s'éduquer seule, passant des journées entières dans les bibliothèques. Vers 1887, un livre la marquera à tout jamais: Fédora la nihiliste, ou l'histoire d'une femme qui se révoltait. "Elle prend alors conscience de la situation de la femme, éternelle mineure, étranglée dans son corset, vouée au mariage, véritable esclave sexuelle de l'homme. Pour échapper à ce destin servile, elle commence à porter des tenues masculines", écrit Hélène Soumet.

A savoir, elle commence à porter le pantalon sans - quelle offense! - en demander l'autorisation au préfet auparavant, ce qui était obligatoire à l'époque. L’ordonnance du 16 brumaire an IX (7 novembre 1800), ou “ordonnance concernant le travestissement des femmes”, abrogée seulement le 31 janvier 2013, exigeait notamment que:

2 - Toute femme, désirant s'habiller en homme, devra se présenter à la Préfecture de Police pour en obtenir l'autorisation.

3 - Cette autorisation ne sera donnée que sur le certificat d'un officier de santé, dont la signature sera dûment légalisée, et en outre, sur l'attestation des maires ou commissaires de police, portant les noms et prénoms, profession et demeure de la requérante.

4 - Toute femme trouvée travestie, qui ne se sera pas conformée aux dispositions des articles précédents, sera arrêtée et conduite à la préfecture de police.

En 1896, Madeleine réussit son bac. Un an plus tard, elle obtient une bourse d'études par le conseil de Paris. Dans la foulée, elle prépare un certificat d'études en physique et chimie, puis s'inscrit en médecine en 1899. Elle réussira le cursus en 5 ans, avant de vouloir poursuivre ses études en demandant un internat en psychiatrie.

"L'internat lui est refusé car elle est une femme et ne jouit donc pas de droits politiques - exactement comme un prisonnier ou un apatride"

C'est là que les choses se compliquent pour elle. "En 1903, l'internat lui est refusé car elle est une femme et ne jouit donc pas de droits politiques - exactement comme un prisonnier ou un apatride -, c'est le prétexte qu'on lui avance pour l'exclure", lit-on dans Les Travesties de l'histoire. Les femmes sont acceptées en internat dans les hôpitaux depuis 1885, mais pas encore dans les asiles.

Heureusement, elle est aidée par Marguerite Durand, dirigeante du journal féministeLa Fronde, qui lance une campagne de presse contre cette injustice.

La même année, elle devient la première femme interne des asiles. A ce moment-là, elle porte des robes et a encore les cheveux longs. Mais cela ne suffira pas à faire d'elle une interne normale. Parce qu'elle est une femme, ses confrères "lui mènent la vie dure". "Le monde n'aime pas les femmes qui se distinguent du troupeau, les hommes les rabaissent, les femmes les détestent", écrit-elle à son amie Arria Ly.

Extrême - pour l'époque - dans ses idées, elle décide de ne pas y aller par quatre chemins. En 1905, elle se coupe les cheveux et adopte définitivement les vêtements pour homme.

Malgré tout, elle ne réussit pas à devenir psychiatre. "Après avoir insisté pour passer le concours, elle le rate", précise Hélène Soumet. "Elle est alors nommée médecin des Postes. La première femme à devenir psychiatre est Constance Pascal".

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"Je montrerai les miens [seins] dès que les hommes commenceront à s'habiller avec une sorte de pantalon qui montre leur..."

"Il existe plusieurs formes de travestissement", tient à nous préciser Hélène Soumet. "Certaines femmes se travestissent car elles veulent séduire d'autres femmes, les 'queer' qui, dans la lignée des écrits de Judith Butler, soutiennent que le genre n'est pas fixe, et le travestissement émancipationniste, celui de Madeleine Pelletier."

Avant-gardiste, Madeleine a un avis bien tranché sur les injonctions faites aux femmes. "Pour elle, c'est une réelle perte de temps de s'habiller aux normes de l'époque. Les corsets sont tellement serrés qu'on ne peut rien faire", précise Hélène Soumet. Mais plus encore, son costume d'homme est un vrai symbole d'une lutte pour l'égalité des sexes. "Mon costume dit à l'homme, je suis ton égale", écrit-elle en 1919. Ou encore, "Je montrerai les miens [seins] dès que les hommes commenceront à s'habiller avec une sorte de pantalon qui montre leur..."

Néanmoins, elle ne sera pas soutenue par les féministes de l'époque, qui estiment que son travestissement est une trahison envers les femmes. Preuve de ce profond rejet, Madeleine Pelletier n'aura d'ailleurs que très peu de patients durant toute sa vie, la plupart étant des prostituées.

"Le voyage à Lesbos ne me tente pas plus que le voyage à Cythère"

Pourtant, le travestissement n'était pas la seule carte féministe qu'elle avait entre les mains. Très impliquée en politique et militante (elle était membre de la SFIO), elle conseille aux femmes de pratiquer l'autodéfense. Elle entend également faire voler en éclats les conceptions de la famille et de la sexualité. Pour elle, la cellule familiale est un lieu d'oppression de la femme. Quant à la sexualité, elle l'a toujours rejetée par conviction. "Elle refusait tout acte sexuel, nous explique Hélène Soumet, car elle estimait qu'on devenait dépendant de l'autre, sa chose. C'était hors de question pour elle d'être contrôlée!" Elle est également accusée de lesbianisme. Mais à ces accusations, elle botte en touche: "Le voyage à Lesbos ne me tente pas plus que le voyage à Cythère" (Lesbos, île de naissance de Sappho d'où vient le mot saphisme; et Cythère, l'île de tous les plaisirs), a-t-elle écrit .

Mais surtout, Madeleine Pelletier défend le droit à l'avortement, et le pratique. En 1913, elle ose d'ailleurs publier Le droit à l'avortement. "Son féminisme était vraiment radical. Elle voulait soulager les femmes", nous indique Hélène Soumet. Pendant des années, elle aidera ces femmes en détresse, certainement des prostituées pour la plupart.

Ce n'est qu'en 1937 qu'elle se fait dénoncer. Par un homme qui avait violé l'une de ses patientes âgée de 14 ans. Cet homme était le frère de la jeune fille.

Connue pour son engagement politique, l'aide fournie à la Croix rouge pendant la première Guerre mondiale, et parce que la confrérie des médecins est sacrée, elle est inculpée puis relaxée.

A la place de la prison, elle a donc eu le droit à l'asile. Ayant été victime d'un accident vasculaire cérébral la même année, la déclarer folle et plus en possession de tous ses moyens fut d'une extrême facilité. Elle meurt désespérée sept mois plus tard. Il fautattendre des années pour que ses combats soient évalués à leur juste valeur. Mais elle le disait elle-même: "Je suis née plusieurs siècles trop tôt".

* Les avis divergent quant à la date exacte de son décès, il se pourrait qu'il s'agisse du 29 décembre et non pas du 19.

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Parfum de Livres

Platon, sa sœur et la Raie Torpille d'Hélène Soumet

Date de parution : 21/02/13 
Editeur : Belize (Editions) 
Collection : Il était une fois... 
ISBN : 978-2-917289-74-7 
Nb. de pages : 30 pages
Prix: 9.40€

Note: 4/5

Quatrième de couverture:

Ve siècle avant J-C, à Athènes. Ariston veut que son fils Platon fasse de la politique et que sa fille Potoné se marie. Mais tout va de travers dans cette famille : le jeune Platon décide de suivre un vieil homme surnommé la "Raie torpille" et Potoné refuse le mariage, préférant avant tout aller à l'école... Ce récit très vivant raconte les péripéties d'une famille dont l'un des membres est devenu un illustre personnage.
 
"La collection Il était une fois, des histoire à lire, pour imaginer, apprendre...
et découvrir un personnage célèbre.
Pour les enfants qui posent des tas de questions!"
 
 
Quel plaisir cette collection!
Je suis toujours aussi fan pour ma part. Aujourd'hui nous découvrons l'histoire de Platon l'un des plus célèbres philosophes de l'antiquité.
J'ai trouvé très plaisant ce texte assez engagé! La sœur de Platon, Potoné, refuse de n'être qu'une ravissante idiote destinée à épouser un homme choisi par son père. Depuis son plus jeune âge, elle est curieuse du monde qui l'entoure et avide d'apprentissages. Platon, touché par le comportement de sa petite sœur, décide de lui apprendre à lire et partage avec elle les leçons qu'il reçoit. Toutefois, Potoné lui pose de nombreuses questions auxquelles il ne sait quoi répondre.
 
 
Elle encourage Platon à poser de  "vraies" questions à son maître. Et ce dernier tente d'obtenir des réponses afin de la satisfaire.
 
 
Mais Potoné trouve les réponses trop convenues, pour elle tout ne vient pas des Dieux: "Quand vous ne savez pas, vous dites que cela vient des dieux! C'est bien la peine d'aller à l'école."
Elle encourage donc son frère à chercher la vérité ailleurs.
Leur père n'entend pas les choses ainsi, Platon doit faire de la politique et Potoné se marier et cesser tout apprentissage!
 
 
Mais Potoné est tenace. Elle refuse son destin, ne veut pas être esclave d'un mariage qu'elle n'a pas choisi. Quant à Platon, il va faire une rencontre qui va bouleverser sa vie, un certain Socrate, surnommé la Raie torpille...
Potoné pourra-t-elle changer son avenir, échapper à un mariage arrangé? Qu'adviendra-t-il de Platon?
 
Je me suis régalée avec ce livre comme avec les autres titres de la collection. Moderne et isntructif,Platon, sa sœur et la Rais torpille tient ses promesses.
Les illustrations sont très sympas également: un rendu "antique" au niveau des couleurs et une vraie modernité dans le trait et les personnages. Très bon!
 
Mon seul bémol, j'aurais aimé que soit abordé le mythe de l'androgyne en document annexe ou dans le texte car c'est un élément important selon moi (cf. Le banquet est un texte très étudié au lycée).
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20 mn.fr

20mn

"Le petit Larousse des grands philosophes" 

de Hélène Soumet chez Larousse (Paris, France)

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Résumé

Des premières tentatives d'Aristote pour mettre en ordre le réel à sa mise en doute par Descartes, des questionnements d'Épicure sur le bonheur à ceux, plus exigeants, de Kant, des combats de Voltaire et Diderot pour la liberté à ceux de Jean-Paul Sartre, des plus belles pages de Montaigne sur l'amitié à celles, moins apaisées, d'Emmanuel Levinas, de la critique radicale de Marx contre tout ce qui aliène l'homme à celle de Hannah Arendt, les grandes doctrines philosophiques nourrissent une exigence, formulent un idéal et construisent des systèmes permettant à l'homme de toujours mieux déchiffrer l'histoire et le monde qu'il habite.

Enrichi de nombreuses illustrations, d'encadrés explicatifs et de citations emblématiques, le Petit Larousse des grands philosophes rappelle et explique les concepts-clés des penseurs majeurs, de l'Antiquité à nos jours. Il décrypte ce que chacun d'eux apporta à la construction d'une pensée sans cesse renouvelée par les circonstances historiques et analyse comment, tous et à des degrés divers, ils influèrent sur l'histoire des idées.

Courrier des auteurs le 21/09/2013

1) Qui êtes-vous ? ! 
Professeur de philosophie, intéressée plus particulièrement par la pensée antique, j'aime réfléchir sur l ‘origine de la philosophie, les mythes et j'adore raconter des histoires. 

2) Quel est le thème central de ce livre ? 
C'est une histoire des philosophes écrite pour être lue avec plaisir voire délectation. Les co -auteurs et moi-même espérons avoir transmis notre enthousiasme.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ? 
«Les hommes observaient le système céleste et son ordre immuable» Lucrèce Extrait du poème : De Natura Rerum : Ce vers renvoie à l'interrogation philosophique des premiers penseurs de la Grèce, étonnés (au sens propre : frappés par le tonnerre) de découvrir un ordre dans l'immensité du ciel étoilé. 

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ? 
De Pythagore à Bergson, les philosophes ont tenté de saisir l'ineffable de la musique. Wladimir Jankélévitch philosophe contemporain évoque dans Quelque part dans l'inachevé la griserie musicale qui ressemble à une espérance de bonheur. Pour rendre hommage à la musique grecque, si ce livre était une musique, ce serait peut être : La conquête du paradis par Vangélis. 

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ? 
L'idée que la philosophie, malgré l'exigence d'une telle démanche, rend heureux, ainsi que le dit le philosophe Michel Serre :
«Le savoir rend heureux, le savoir rend libre».

Retrouvez la fiche complète sur le choix des libraires

 en partenariat avec 20minutes.fr

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La-Grece.com

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Voici un livret de 96 pages très ludique qui vous accompagnera sur les plages cet été ou pendant vos vacances en Grèce.
Hélène Soumet nous propose 150 jeux sur les mythes antiques, la philosophie, les sciences, la vie politique, l'Histoire, la vie quotidienne et les arts de la Grèce Antique. Une manière très agréable de prendre contact avec la source de notre humanité.
Savez-vous par exemple quelle divinité aidait les femmes à accoucher ? Connaissez-vous la signification du mot Parthénon ? Savez-vous quelles divinités aidaient les malades ou pourquoi Pythagore enseignait derrière un rideau à des élèves qui ont fait le vœu de silence pendant cinq ans ?
La réponse à toutes ces questions et bien d'autres se trouve dans cet ouvrage que nous vous recommandons chaudement, d'autant que son prix n'est que de 9,90 €.

Editions : Eyrolles
Auteur : Hélène Soumet
Illustrations : Ugo Pinson

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